Signet #23 Toronto, Ontario

Si je meurs avant le jour : Fiona Macgregor, au temps de la grippe espagnole par Jean Little


Je pensais à Jemma et j’étais sur le point d’éclater en sanglots quand, tout à coup, leur tante Jennifer a sauvé la situation en arrivant avec un balai. Elle a ouvert la porte et, à grands coups, elle a jeté dehors la vieille année terminée. Ensuite, pour célébrer, nous avons bu un verre de sa liqueur de framboise, qui était délicieuse, puis il était minuit, et William n’était toujours pas là. Nous le cherchions partout quand de grands coups ont retenti à la porte. Caro s’est précipitée pour aller ouvrir, et William, coiffé d’un drôle de chapeau, s’est incliné bien bas.

« Que Dieu vous bénisse et vous accorde une bonne année! » a-t-il dit.

« Et bonne année à toi aussi, mon garçon! », a dit leur oncle Georges.

Je me suis alors souvenue de la tradition du premier visiteur de l’année : si la première personne à franchir le seuil de votre porte est un jeune homme aux cheveux foncés, le mois qui suit sera rempli de bonheur.

Quelle belle façon de terminer cette soirée et d’entamer l’année 1919!

« Une année sans guerre », a dit Jo doucement.

— de SI JE MEURS AVANT LE JOUR : FIONA MACGREGOR, AU TEMPS DE LA GRIPPE ESPAGNOLE, par Jean Little, publié par Scholastic.


Jean Little à la librairie Yorkville, le 8 décembre 2019.

Jean Little à la librairie Yorkville, le 8 décembre 2019.

Étudiante, notre lectrice invitée dévoile la plaque !

Étudiante, notre lectrice invitée dévoile la plaque !

 

Le récit de Jean Little, Si je meurs avant le jour, raconte l’histoire de la grippe espagnole du point de vue d’une jeune fille de 12 ans qui habite Toronto. Par l’entremise de son journal, Fiona Macgregor dévoile les détails de son quotidien décrivant à la fois l’épidémie de la grippe et les effets sur sa famille pendant une période de grands changements dans les attitudes et les coutumes sociales. Rendez visite à l’emplacement du Signet sur la rue Collier, à Toronto, pour y lire un extrait du journal de Fiona, qui se tient dans l’endroit où l’histoire a lieu. 

L’initiative Project Bookmark Canada situent nos histoires et poèmes précisément dans les endroits où ils ont lieu par le biais d’une série de monuments nationaux qui localisent nos histoires canadiennes sur ces lieux mêmes. Ce Signet figure parmi la série marquant un anniversaire d’échelle nationale de notre histoire sur le sentier littéraire canadien.

If I Die Before I Wake: The Flu Epidemic Diary of Fiona Macgregora été publié par Scholastic en 2007. La version française est parue sous le titre Si je meurs avant le jour : Fiona Macgregor, au temps de la grippe espagnole


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À propos de Jean Little et Si je meurs avant le jour : Fiona Macgregor, au temps de la grippe espagnole

Alors que la Première Guerre mondiale faisait rage en outre-mer, les Canadiens restés au pays faisaient face à une autre catastrophe, celle de la grippe espagnole. Dans son roman, Si je meurs avant le jour, Jean Little raconte l’histoire du point de vue d’une jeune fille de 12 ans habitant à Toronto. Fiona témoigne de sa vie quotidienne dans son journal intime, tout en décrivant l’épidémie de grippe et les profonds changements dans les attitudes et les coutumes sociales de l’époque.

La pandémie de grippe espagnole de 1918 a été la plus grave de l’histoire, touchant près d’un tiers de la population mondiale, soit environ 500 millions de personnes. Elle a fait de 20 à 50 millions de morts, dont plus de 50 000 Canadiens. Contrairement à la plupart des souches de grippe, qui mettent en danger les personnes âgées ou très jeunes et celles ayant une condition médicale préexistante, la grippe espagnole de 1918-1919 frappa les personnes en santé et de jeune âge. En général, la cause du décès n’était pas la grippe, mais la pneumonie qu’elle provoquait. Des soldats canadiens revenant de la Première Guerre mondiale avaient malheureusement rapporté la grippe espagnole, qui s’était ensuite répandue dans des communautés éloignées. L’amplitude de la pandémie fut telle qu’elle mena à l’établissement du ministère fédéral de la Santé en 1919.

Jean Little est l’une des plus grandes auteure de livres pour enfants au Canada, et elle a été la première à traiter de questions relatives aux handicaps physiques. Elle a écrit plus de 50 livres et a reçu plusieurs prix, dont le Prix de littérature jeunesse du Conseil des Arts du Canada et le prix Matt Cohen de la Société d’encouragement aux écrivains du Canada, en reconnaissance de son talent incontestable.

If I Die Before I Wake: The Flu Epidemic Diary of Fiona Macgregor a été publié par Scholastic en 2007. La version française est parue sous le titre Si je meurs avant le jour : Fiona Macgregor, au temps de la grippe espagnole. Cet extrait est reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur.


Le passage:

Mardi 31 décembre 1918, la veille du Nouvel An

Nous avons d’abord joué au Cœur, puis nous sommes passés à Pounce. Tout le monde criait et riait. Je vais écrire les règles de ce jeu à la fin de mon journal, Jane, au cas où tu voudrais le montrer à tes amis et que j’aurais oublié comment jouer. Même Jo a réussi à rire, puis aussitôt, elle s’est mise à pleurer. Tante Jennifer, la tante de Caro, l’a emmenée avec elle dans une autre pièce pour quelques minutes, puis Jo est revenue, les yeux rouges, mais prête à se remettre au jeu. Ce jeu agissait comme un bon médicament, et leur grosse famille enjouée aussi. J’espère que nous serons encore invitées. Personne chez eux n’a été malade, et la grippe est beaucoup moins mauvaise maintenant. Je ne suis jamais rentrée aussi tard à la maison.

Nous savions que nous n’avions pas la permission de rentrer trop tard, alors à onze heures, nous nous sommes dit que nous étions autre part dans le monde où il était déjà minuit et nous nous sommes souhaité la bonne année. Ce n’était pas facile, car nous pensions à Jemma et à tous les autres qui nous ont quittés, mais les mots nous faisaient du bien. Ensuite, nous avons formé un cercle avec nos mains croisées et nous avons chanté de bon coeur. Leur oncle Georges connaît des chansons que je n’ai jamais entendues et que j’ai beaucoup aimées.

Je pensais à Jemma et j’étais sur le point d’éclater en sanglots quand, tout à coup, leur tante Jennifer a sauvé la situation en arrivant avec un balai. Elle a ouvert la porte et, à grands coups, elle a jeté dehors la vieille année terminée. Ensuite, pour célébrer, nous avons bu un verre de sa liqueur de framboise, qui était délicieuse, puis il était minuit, et William n’était toujours pas là. Nous le cherchions partout quand de grands coups ont retenti à la porte. Caro s’est précipitée pour aller ouvrir, et William, coiffé d’un drôle de chapeau, s’est incliné bien bas.

« Que Dieu vous bénisse et vous accorde une bonne année! » a-t-il dit.

« Et bonne année à toi aussi, mon garçon! », a dit leur oncle Georges.

Je me suis alors souvenue de la tradition du premier visiteur de l’année : si la première personne à franchir le seuil de votre porte est un jeune homme aux cheveux foncés, le mois qui suit sera rempli de bonheur.

Quelle belle façon de terminer cette soirée et d’entamer l’année 1919!

« Une année sans guerre », a dit Jo doucement.

Nous étions venues en tramway et pedibus, mais un des cousins Galt nous a ramenées en voiture. Nous nous sommes bien amusés en nous entassant tous dans leur Ford modèle T. Il y avait nous trois et aussi William, Caro, Betty Galt et le chauffeur. Gertrude nous a regardés et a dit qu’elle resterait là pour la nuit et viendrait nous voir demain matin. J’aurais été obligée de m’asseoir sur ses genoux, je crois, alors j’étais bien contente. Jo s’est retrouvée sur les genoux de William et s’est fait taquiner. Chaque fois qu’il y avait un cahot, elle se cognait la tête contre le plafond de la voiture. Quand nous sommes arrivés dans la rue Collier, elle a dit qu’elle avait le cerveau en marmelade.

 
 
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Banner photo credit: Lisa Sakulensky.